Le numéro d'opus est la référence qu'un compositeur de musique classique ou son éditeur attribue à une œuvre publiée : sonate pour piano, quatuor, concerto pour violon. Quand il manque, un catalogue établi par un musicologue prend le relais : BWV pour Bach, K. pour Mozart, D. pour Schubert, WoO pour Beethoven.
Sur une pochette de disque, un programme de concert ou une partition, le titre d'une œuvre classique est presque toujours suivi d'une abréviation et d'un chiffre : « op. 27 n° 2 », « BWV 565 », « K. 525 », « D. 759 ». Ces lettres ne sont pas décoratives. Elles identifient une composition de manière unique, là où les titres se répètent sans cesse : Mozart a écrit plusieurs dizaines de symphonies et de concertos pour piano ou pour violon et orchestre, Haydn plus de cent symphonies, et les tonalités « en sol majeur » ou « en ré mineur » reviennent d'un compositeur à l'autre. Ce guide explique d'où viennent ces numéros, pourquoi ils changent parfois, et comment s'en servir pour retrouver une œuvre, un enregistrement ou une partition.
Qu'est-ce qu'un numéro d'opus ?
Opus est un mot latin qui signifie « œuvre » ou « travail » ; son pluriel savant est opera, mais l'usage français admet « des opus ». L'abréviation « op. » suivie d'un numéro désigne donc la place d'une composition dans une liste d'œuvres. Cette pratique se généralise au XVIIIe siècle, quand les éditeurs de musique imprimée (à Amsterdam, Londres, Paris puis Vienne) prennent l'habitude de numéroter les recueils qu'ils mettent en vente.
Un point surprend souvent le mélomane : un opus ne correspond pas toujours à une seule pièce. L'opus 18 de Beethoven regroupe six quatuors à cordes ; l'opus 8 de Vivaldi, publié à Amsterdam vers 1725 sous le titre Il cimento dell'armonia e dell'inventione, contient douze concertos pour violon, dont les quatre premiers forment Les Quatre Saisons. On ajoute alors un second numéro : « op. 18 n° 4 », « op. 8 n° 1 ». La biographie d'Antonio Vivaldi et le détail de ses recueils imprimés montrent bien cette logique de publication par lots.
Le numéro d'opus a trois limites qu'il faut connaître avant de s'y fier. Il n'existe pas pour tous les compositeurs : Bach n'en a presque pas utilisé, Debussy et Ravel non plus. Il ne couvre souvent qu'une partie de la production, celle qui a été publiée. Enfin, il n'a pas toujours été attribué par le compositeur lui-même : plusieurs éditeurs ont parfois numéroté la même œuvre différemment, ce qui a créé des doublons que les catalogues modernes ont dû démêler.
Comment les opus sont-ils numérotés ?
Le numéro d'opus suit la publication, pas la composition
Avant toute lecture de catalogue, gardez ce repère en tête : un numéro d'opus reflète l'ordre dans lequel les œuvres sont parues chez un éditeur, pas l'ordre dans lequel elles ont été écrites. Beethoven présente ses trois trios avec piano comme opus 1 en 1795, alors qu'il composait depuis plus de dix ans ; tout ce qui précède reste hors de la liste. Chez Mendelssohn, la Symphonie « Italienne » porte le numéro d'opus 90 et le rang de quatrième symphonie, alors qu'elle a été écrite avant la troisième, la « Écossaise » : elle n'a été éditée qu'après la mort du compositeur. Robert Schumann, lui, numérote avec soin ses recueils de lieder : le cycle Dichterliebe, sur des textes de Heinrich Heine, est son opus 48, et chaque lied y porte un numéro d'ordre.
Pour Beethoven, la numérotation est relativement fiable parce qu'il la surveillait lui-même : elle va de l'opus 1 à l'opus 138. La biographie de Ludwig van Beethoven permet de replacer ces numéros dans les grandes périodes de sa vie. Quelques anomalies subsistent pourtant : la Grande Fugue, op. 133, était d'abord le finale du Quatuor op. 130, avant d'être publiée séparément, et l'ouverture Leonore n° 1, op. 138, a été éditée après sa mort.
Opus posthume : les œuvres publiées après la mort
La mention « op. posth. » (opus posthume) signale une œuvre publiée après la disparition de son auteur. Chez Chopin, les opus 1 à 65 ont paru de son vivant ; les numéros suivants, à partir de l'opus 66 (la Fantaisie-Impromptu en ut dièse mineur), ont été attribués par son ami Julian Fontana lors d'une édition posthume en 1855. Une partie des pièces restées en manuscrit n'a même reçu aucun numéro : le Nocturne en ut dièse mineur « Lento con gran espressione » est ainsi désigné par un numéro de catalogue moderne (B. 49 dans le catalogue de Maurice Brown, KK IVa n° 16 dans celui de Krystyna Kobylańska).
Une œuvre posthume n'est pas une œuvre secondaire. La Symphonie « Inachevée » de Schubert, en si mineur, n'a été créée qu'en 1865, près de quarante ans après la mort du compositeur. Mais un numéro posthume doit toujours être lu avec prudence : il indique la date de publication, pas la volonté de l'auteur, et l'éditeur a parfois regroupé des pièces que le compositeur n'aurait jamais associées.
WoO, Anh. et Unv : ce qui reste hors des opus
Pour les œuvres qui n'ont jamais reçu de numéro d'opus, les catalogues allemands utilisent l'abréviation WoO, pour Werke ohne Opuszahl (« œuvres sans numéro d'opus »). Le catalogue de Georg Kinsky, achevé par Hans Halm et publié en 1955, en recense 205 pour Beethoven : la bagatelle « Für Elise » y porte le numéro WoO 59, les variations et canons de jeunesse s'y rangent aussi. On retrouve le même système chez Brahms (ses Danses hongroises sont WoO 1) et chez d'autres compositeurs allemands.
Deux autres abréviations complètent le tableau. « Anh. » (Anhang, annexe) regroupe les œuvres douteuses, perdues ou attribuées à tort. « Unv » (unvollendet, inachevé) désigne, dans le nouveau catalogue Beethoven paru en 2014, les œuvres restées à l'état d'ébauche. Un numéro placé en annexe n'est donc pas une garantie d'authenticité : c'est au contraire un signal de doute.
Quels sont les catalogues d'œuvres célèbres ?
Quand un compositeur n'a pas numéroté ses œuvres, ou l'a fait de façon incomplète, un musicologue établit après coup un catalogue complet. Son nom ou celui du compositeur donne alors l'abréviation. Il existe deux grands types de catalogues musicaux : les catalogues chronologiques, qui essaient de suivre l'ordre de composition, et les catalogues thématiques par genre, qui rangent les œuvres par famille (cantates, musique pour clavier, concertos). Le type change la façon de lire le numéro : un K. élevé chez Mozart signale une œuvre tardive, un BWV élevé chez Bach ne dit rien de la date.
| Sigle | Compositeur | Auteur du catalogue | Classement | Exemple |
|---|---|---|---|---|
| BWV | Johann Sebastian Bach | Wolfgang Schmieder (1950) | par genre | Toccata et fugue en ré mineur, BWV 565 |
| K. ou KV | Wolfgang Amadeus Mozart | Ludwig von Köchel (1862) | chronologique | Symphonie n° 41 en ut majeur « Jupiter », K. 551 |
| D. | Franz Schubert | Otto Erich Deutsch (1951) | chronologique | Quintette « La Truite » en la majeur, D. 667 |
| Hob. | Joseph Haydn | Anthony van Hoboken (1957-1978) | par genre | Symphonie « La Surprise » en sol majeur, Hob. I:94 |
| RV | Antonio Vivaldi | Peter Ryom (1974) | par genre | Le Printemps en mi majeur, RV 269 |
| HWV | Georg Friedrich Haendel | Bernd Baselt (1978-1986) | par genre | Le Messie, HWV 56 |
| S. | Franz Liszt | Humphrey Searle | par genre | Rêve d'amour n° 3 en la bémol majeur, S. 541 |
| Kk. ou L. | Domenico Scarlatti | Ralph Kirkpatrick (1953), Alessandro Longo | chronologique (Kk.) | 555 sonates pour clavier |
| B. | Antonín Dvořák | Jarmil Burghauser (1960) | chronologique | Symphonie « du Nouveau Monde » en mi mineur, op. 95, B. 178 |
BWV : Bach classé par genre
Le sigle BWV signifie Bach-Werke-Verzeichnis, « catalogue des œuvres de Bach ». Wolfgang Schmieder l'a publié en 1950, et il ne suit pas l'ordre chronologique : les cantates ouvrent la liste (BWV 1 à 224 environ), viennent ensuite les Passions (la Passion selon saint Matthieu est BWV 244), la musique pour orgue, puis pour clavier (le Clavier bien tempéré occupe BWV 846 à 893, les Variations Goldberg BWV 988), la musique de chambre et les concertos (les six Concertos brandebourgeois vont de BWV 1046 à 1051). Un numéro BWV dit donc d'abord le genre d'une œuvre. La biographie de Jean-Sébastien Bach et le parcours de ses grandes œuvres aide à situer ces ensembles dans sa carrière. Une nouvelle édition du catalogue, parue chez Breitkopf & Härtel en 2022, a intégré les découvertes et les attributions révisées depuis 1950, sans bouleverser les numéros connus.
K. ou KV : Mozart dans l'ordre chronologique
Ludwig Ritter von Köchel, botaniste et minéralogiste autrichien passionné de musique, publie en 1862 le premier catalogue chronologique des œuvres de Mozart. D'où l'abréviation K. (ou KV, pour Köchel-Verzeichnis). Parce que le classement suit la date, le numéro renseigne sur l'âge du compositeur : la Petite musique de nuit en sol majeur, K. 525, date de 1787 ; le Requiem en ré mineur, K. 626, est sa dernière œuvre, inachevée en 1791. Les révisions successives du catalogue ont déplacé certaines œuvres mieux datées, ce qui explique des numéros hybrides comme « K. 385p ». Une édition entièrement refondue a paru en 2024. Pour le contexte biographique, la fiche sur la vie de Mozart et ses œuvres majeures reprend ces repères.
D. : Schubert selon Otto Erich Deutsch
Schubert a peu publié de son vivant, et beaucoup de ses opus ont été attribués par des éditeurs après 1828. Le catalogue chronologique d'Otto Erich Deutsch, paru en anglais en 1951 puis révisé en allemand, remet de l'ordre : la Symphonie « Inachevée » en si mineur est D. 759, le Quintette « La Truite » en la majeur D. 667, le cycle Winterreise D. 911. C'est aujourd'hui la référence utilisée sur les disques, bien plus que les numéros d'opus de Schubert, souvent incohérents.
Hob., RV, HWV, S. : les autres sigles à connaître
Le catalogue d'Anthony van Hoboken pour Haydn combine un chiffre romain, qui désigne le groupe (I pour les symphonies, III pour les quatuors, XVI pour les sonates pour clavier), et un numéro d'ordre : le Concerto pour trompette en mi bémol majeur est Hob. VIIe:1. Chez Vivaldi, le catalogue RV de Peter Ryom a remplacé plusieurs systèmes concurrents (Pincherle, Fanna) ; chez Haendel, le HWV de Bernd Baselt ; chez Liszt, les numéros S. de Humphrey Searle, parfois remplacés par la numérotation LW plus récente. Attention au piège de Scarlatti : son catalogue Kirkpatrick s'abrège « K. » dans certaines éditions, exactement comme Mozart. Une « sonate K. 380 » est de Scarlatti, pas de Mozart.
BWV, Köchel et opus posthume décryptés
Quelle est la signification de BWV et Köchel ?
BWV veut dire Bach-Werke-Verzeichnis, le catalogue thématique des œuvres de Bach établi par Wolfgang Schmieder en 1950. Köchel est le nom de l'auteur du catalogue chronologique des œuvres de Mozart (1862), abrégé K. ou KV. Les deux sigles remplacent un numéro d'opus que ni Bach ni, pour la plupart de ses œuvres, Mozart n'avaient attribué.
Pourquoi une symphonie change-t-elle parfois de numéro ?
Parce que les premières numérotations suivaient la publication. La Symphonie « du Nouveau Monde » de Dvořák a longtemps été appelée « n° 5 » : quatre symphonies de jeunesse, publiées plus tard, l'ont fait passer au rang de neuvième. Son opus 95 et son numéro B. 178, eux, n'ont pas bougé.
Le numéro d'opus est-il toujours donné par le compositeur ?
Pas toujours. Beethoven et Brahms contrôlaient leur numérotation, mais pour Schubert, Chopin après l'opus 65 ou Mendelssohn après sa mort, ce sont les éditeurs qui ont choisi. Autant s'en remettre à des catalogues modernes, qui s'appuient sur les manuscrits et les sources datées.
Que veut dire « op. posth. » sur un disque ?
Il s'agit d'une œuvre publiée après la mort du compositeur. La mention ne dit rien de sa qualité ni de sa date de composition : la Fantaisie-Impromptu de Chopin, op. 66, a été écrite en 1834 et publiée en 1855.
Lire une fiche en anglais : work, number, opus
Les plateformes d'écoute et les éditeurs internationaux affichent les références en anglais, même pour un public en France. Les services spécialisés dans la classical music distinguent d'ailleurs la « work » (l'œuvre, indépendante de toute interprétation) de la « recording » (un enregistrement donné) : c'est la notion de work qui porte le numéro de catalogue. Voici comment se lit une fiche type, par exemple « Piano Sonata No. 14 in C-sharp Minor, Op. 27 No. 2 "Moonlight" » pour la Sonate pour piano n° 14 en ut dièse mineur de Beethoven, dite « Clair de lune ».
| Mention en anglais | Équivalent français | Ce qu'elle désigne |
|---|---|---|
| Work | œuvre | la composition elle-même, quel que soit l'interprète |
| Opus number (Op.) | numéro d'opus | la place de l'œuvre dans la liste publiée |
| No. (number) | n° (numéro) | le rang dans un genre (sonate n° 14) ou dans un opus (op. 27 n° 2) |
| Catalogue number (work) | numéro de catalogue de l'œuvre | BWV, K., D., Hob. : la référence du musicologue |
| Catalog number (label) | référence du disque | le code commercial de l'éditeur phonographique |
| Major / Minor | majeur / mineur | le mode de la tonalité principale |
| C, D, E, F, G, A, B | ut, ré, mi, fa, sol, la, si | le nom des notes ; « B-flat » = si bémol |
| WoO (Work without opus number) | œuvre sans numéro d'opus | une pièce jamais numérotée par le compositeur |
Deux pièges reviennent. Le premier concerne les notes : « B » désigne si en anglais mais si bémol en allemand, où le si naturel s'écrit « H ». Une fiche allemande « h-Moll » est donc en si mineur, et la « Messe en si mineur » de Bach (BWV 232) s'y appelle h-Moll-Messe. Le second concerne le mot number lui-même : dans « Symphony No. 9 », le number est le rang dans la série des symphonies, alors que dans « Op. 27 No. 2 », le number est la place à l'intérieur de l'opus. Un même compositeur peut avoir une « Sonata No. 2 » et une œuvre « Op. 2 No. 2 » qui n'ont rien à voir.
Pour les œuvres de Beethoven sans opus, les fiches en anglais écrivent souvent « WoO » suivi du number du catalogue Kinsky : « Bagatelle in A Minor, WoO 59 "Für Elise" ». Certaines fiches ajoutent aussi « Hess » suivi d'un numéro, du nom de Willy Hess, qui a recensé d'autres pièces oubliées. Lire le sigle avant le numéro reste le réflexe le plus sûr : chaque work porte une seule référence par catalogue, mais un même numéro peut exister dans plusieurs catalogues.
Les quatuors à cordes suivent la même grammaire. Une fiche « String Quartet No. 13 in B-flat Major, Op. 130 » désigne le Quatuor n° 13 en si bémol majeur de Beethoven : le number 13 est le rang parmi ses seize quatuors, l'opus 130 la référence de publication. Le moteur de recherche d'un service de classical music interroge la work, pas le titre de piste : chercher « Op. 130 » ou « Kinsky WoO 59 » donne l'œuvre entière et tous ses enregistrements, alors qu'un titre de piste isolé (un extrait, un seul mouvement) ne renvoie qu'une plage audio. Pour un catalogue comme celui de Kinsky, la fiche affiche souvent la work avec son number et le nom du catalogue en clair, par exemple « Work: Für Elise, catalogue number: WoO 59 (Kinsky) ». Quand un label regroupe plusieurs work sur un même album, chaque work garde son propre number : c'est ce qui permet de naviguer d'un enregistrement à l'autre sans erreur.
Numéro de catalogue du disque ou de l'œuvre : ne pas les confondre
Sur un disque, deux références de nature différente cohabitent. La première est le numéro de catalogue de l'œuvre (op., BWV, K.), attaché à la composition pour toujours. La seconde est la référence commerciale du label, que les disquaires et les bibliothèques appellent aussi « numéro de catalogue » (catalog number en anglais), imprimée sur la tranche du boîtier. Elle identifie un produit, pas une œuvre : le même concerto enregistré par dix orchestres aura dix références commerciales et un seul numéro BWV.
Ce point compte quand on cherche un enregistrement précis. Taper « BWV 1048 » donne toutes les versions du troisième Concerto brandebourgeois, en sol majeur ; taper la référence du label donne une seule édition, parfois épuisée. Dans les normes d'échange de données utilisées par l'industrie musicale, la work (l'œuvre) et le produit (le disque) sont d'ailleurs deux objets séparés, chacun avec ses propres identifiants. Pour un mélomane, retenir que le sigle du compositeur désigne la musique et que la référence de l'éditeur désigne l'objet suffit à éviter la plupart des erreurs de commande.
Comment trouver un opus spécifique ?
Retrouver une œuvre à partir de son numéro, ou l'inverse, demande rarement plus de quelques minutes si l'on procède dans l'ordre.
- Identifier le sigle. Op., BWV, K., D., Hob., RV : il indique le compositeur, ou au moins le catalogue. Un K. sur une sonate pour clavier italienne renvoie à Scarlatti, pas à Mozart.
- Noter la tonalité et le genre. « Concerto pour piano en la majeur » ou « trio pour piano en sol majeur » réduit fortement les possibilités, surtout chez les compositeurs qui ont beaucoup écrit.
- Consulter la liste des œuvres du compositeur. Les listes d'œuvres des encyclopédies en ligne donnent, pour les grands noms, la correspondance entre opus et numéro de catalogue. Pour une recherche plus sûre, le catalogue général de la Bibliothèque nationale de France (BnF) décrit les partitions et les enregistrements conservés en France, avec les références normalisées.
- Vérifier sur une partition. La bibliothèque de partitions libres IMSLP classe chaque œuvre avec ses numéros d'opus et de catalogue, sa date de composition et sa date de première édition publiée : c'est le moyen le plus rapide de lever un doute entre deux éditions.
- Croiser avec un programme de radio. Les programmes de France Musique indiquent l'œuvre, l'interprète et la référence du disque diffusé : pratique pour retrouver un enregistrement entendu à l'antenne.
Une fois le numéro vérifié, il devient la meilleure clé de recherche sur une plateforme d'écoute. Les playlists de notre sélection d'œuvres classiques commentées suivent la même logique : chaque œuvre y est citée avec son numéro d'opus ou de catalogue, pour qu'on la retrouve sans ambiguïté.
Pourquoi Debussy et Ravel n'ont presque pas de numéro d'opus
En France, la pratique du numéro d'opus a été moins systématique qu'en Allemagne ou en Autriche. Berlioz l'emploie (la Symphonie fantastique est l'opus 14), Saint-Saëns aussi (la Danse macabre est l'opus 40), mais Debussy et Ravel y renoncent presque entièrement. Pour eux, ce sont encore des musicologues qui ont fourni les numéros : François Lesure pour Debussy (sigle L., avec une renumérotation complète dans l'édition révisée de 2003), Marcel Marnat pour Ravel (sigle M., le Boléro y est M. 81).
En pratique, chez les Français, le repère change : sur un disque de musique française, l'absence de numéro d'opus n'est pas une anomalie, et deux numéros L. différents peuvent désigner la même pièce de Debussy selon l'édition du catalogue utilisée. Il vaut mieux alors chercher par titre et tonalité, puis confirmer avec l'année de composition.
Un exemple complet : trois étiquettes pour une même sonate
Prenons la Sonate pour piano n° 14 en ut dièse mineur de Beethoven. Selon le support, on la trouvera sous trois formes :
- Programme de concert en France
- « Beethoven, Sonate pour piano n° 14 en ut dièse mineur, op. 27 n° 2, dite Clair de lune ». Le n° 14 est son rang parmi les 32 sonates ; l'op. 27 regroupe deux sonates « quasi una fantasia » publiées ensemble en 1802 ; le n° 2 est la seconde des deux.
- Fiche de plateforme en anglais
- « Piano Sonata No. 14 in C-sharp Minor, Op. 27 No. 2 "Moonlight" ». Même information, notes en lettres, « Minor » pour mineur.
- Partition allemande
- « Klaviersonate Nr. 14 cis-Moll op. 27 Nr. 2 ». Le « cis » est l'ut dièse de la notation allemande.
Les trois désignations renvoient à la même work, et c'est l'opus qui fait le lien. Le même exercice fonctionne avec une œuvre sans opus : la Symphonie n° 40 de Mozart en sol mineur s'écrit « K. 550 » en France, « KV 550 » en Allemagne et « Symphony No. 40 in G Minor, K. 550 » en anglais. Avec le sigle, le numéro et la tonalité, on identifie une œuvre avec certitude, quelle que soit la langue du support.
Retenir ces trois éléments suffit dans l'immense majorité des cas : le compositeur, son catalogue de référence, puis le numéro. Le titre populaire (« Clair de lune », « Jupiter », « La Truite ») aide la mémoire, mais c'est le numéro de catalogue qui évite de confondre une sonate en ut majeur avec sa voisine en fa majeur, ou un concerto en mi majeur avec un autre écrit la même année dans une tonalité proche.

















