Comment écouter, comment apprécier : mon approche

Découvrir, partager, mieux connaître le meilleur de la musique : vivez la musique classique autrement !

Comment écouter, comment apprécier : mon approche

On peut être un peu perdu lors de ses premières écoutes. Comme toute chose dont nous n'avons pas l'habitude, le doute et l'hésitation sont présents. On a parfois des difficultés, d'une part à apprécier ce que l'on écoute, et surtout à cerner ce qu'il faudrait apprécier, rechercher, saisir dans une œuvre donnée.
Par où commencer ?
Je prêche toujours une approche personnelle à ce genre de question : il n'y a pas de règles pour apprécier une oeuvre, c'est votre impression personnelle qui prime. Et comme toute chose nouvelle, il faut que l'esprit se prépare, se moule, puis s'habitue à cette forme de sensibilité. Il est souvent difficile d'apprécier pleinement quelque chose qui nous est étranger. Pourtant, et c'est le principe de ce site et de ma méthode, je suis convaincu qu'il suffit de quelques pistes et quelques essais pour y trouver son compte.

Oeuvres accessibles ou pas

Tout d'abord il y a la question de l'accessibilité d'une oeuvre. Il faut le dire : certains compositeurs cherchent à brouiller les pistes et à cacher les intérêts réels de leurs oeuvres. Je n'hésite pas à dire qu'il s'agit d'un défaut. Tolstoï a raison de dire « les grandes œuvres ne sont véritablement grandes que lorsqu’elles sont accessibles à tous ». A mon sens une grande oeuvre doit l'être à tous niveaux : que ce soit pour un novice, un amateur ou un musicologue, tous doivent y trouver du plaisir, et j'ai tendance à dire que si l'on éprouve du plaisir uniquement par le fait d'une connaissance technique supérieure ou, à l'inverse, à cause d’une certaine naïveté, l'oeuvre n'est pas vraiment réussie. On pourra la qualifier dans un sens de laborieuse et dans l'autre de superficielle. Il est possible que les formes de satisfactions que l'on tire de l'écoute d'une oeuvre évoluent avec les connaissances que l'on accumule par ailleurs, mais jamais cette appréciation ne doit se dégrader. J'admets qu'elle peut s'amplifier, puisque de nouvelles perspectives permettent de découvrir et d'apprécier de nouveaux aspects, jusqu'alors invisibles.

Une petite analogie

Les tableaux de musée
Concernant l'écoute d'une oeuvre, j'aime à faire un parallèle avec les tableaux de peinture. Si vous passez en marchant devant un tableau en jetant un simple coup d'oeil, vous allez peut-être discerner quelques éléments, qui vous peut-être vous plaire ou vous rebuter. Il s'agit de l’équivalent de la première écoute d'une oeuvre. Si vous vous arrêtez quelques minutes devant le tableau, vous allez y voir d'autres choses, vous allez mieux vous le représenter mentalement, et y accrocher des idées ou des passions qui vous sont propres. Et ce, que vous soyez amateur de peintures ou pas. Il s'agit de l’équivalent d’une écoute plus attentive de l'oeuvre, généralement une deuxième ou troisième écoute. Ainsi on peut dessiner une analogie entre le temps passé à observer une toile et le nombre d'écoutes d'une oeuvre musicale. De même que vous allez mieux comprendre un tableau à force de le scruter, de même vous allez mieux cerner une oeuvre à force de l'écouter. Tout comme le tableau, il ne faut pas s'abrutir pendant des heures sur une même peinture, il ne faut pas écouter en boucle infinie la même composition. En revanche, il faut y revenir, s'en éloigner puis la rattraper, s'en détacher puis s'y replonger, par cycles. La première écoute vous donne vos premières impressions et sentiments. Si ces derniers sont neutres, déçus, dégoûtés, rebutés, ennuyés, lassés, ou quoi que ce soit de négatif, il est inutile d'insister. Tout comme les peintures, si en passant devant un tableau celui-ci ne vous évoque rien que de l'ennui ou du dégoût, vous ne vous arrêterez pas pour l'observer plus précisément. Le même raisonnement peut être fait pour la musique, à une condition près : que cette première écoute soit attentive. Et j'en viens à un point qui me semble crucial : l'attention.

Restez attentifs, pas concentrés !

Les premières fois que vous écoutez une oeuvre il me semble fondamental d'être attentif à ce que l'on écoute, à ne pas se laisser distraire, à ne pas se laisser emporter ailleurs par ses pensées ou des actions extérieures. Il est inutile d'écouter une oeuvre dans un environnement bruyant ou inconfortable, agité ou requérant continuellement votre attention. Je ne dis pas qu'il faut s'isoler de tout et se concentrer intensément sur ce que l'on écoute, mais qu'il faut un minimum d'attention pour se faire une opinion valable d'une oeuvre. Et surtout lors des premières écoutes. Il faut pouvoir se laisser emporter par la musique, se laisser bercer ou transporter par ses notes, se laisser promener au sein de ses propres rêves par sa mélodie, ses thèmes, ses couleurs. Je cherche à travers ce site, et notamment à travers le mot-clé clair ou percutant à proposer des oeuvres d'un accès simple et immédiat. C'est à dire qu'il ne suffit d'aucun effort pour être attentif à la musique : elle est tellement prenante que l'attention vient d'elle-même. Néanmoins il peut arriver qu'on n’apprécie pas une oeuvre que je conseille vivement, auquel cas je suggère soit de régler son attention soit tout simplement de passer à une autre oeuvre. En effet je m'efforce de démystifier la musique classique, souvent enfermée derrière des murs en apparence sombres, infranchissables et désolés, alors qu'il y a des brèches béantes, larges, fleuries et gaies qui se présentent à de nombreux endroits. J'essaie de les indiquer. Mais, une nouvelle fois, vous être maître de ce que vous ressentez, et si une oeuvre vous déplait, laissez la de côté. Revenez-y quelques semaines, mois ou années après, et vous aurez un regard différent.

Vivez ce que vous écoutez !

Vivez plus !

Outre l'attention, je dirai qu'il faut laisser aller ses pensées et ses mouvement à l'écoute d'une musique. Une démarche des plus ennuyantes serait de chercher à analyser sans cesse, à se concentrer pour voir si l'on est saisi ou pas par ce que l'on écoute, à imaginer avec précision les mouvements des instruments, à savoir ce que voulait le compositeur, etc. Non. Restons dans l'écoute immersive, passionnée, enivrée, plongeons dans cette musique comme dans un océan de formes et de couleurs, et laissons nous bercer par ses vagues, laissons-nous transporter par ses courants, laissons-nous submerger par ses flots. L'analyse viendra ensuite, ou ne viendra pas d'ailleurs. L'important c'est de vivre, pas de comprendre. Ici pas de leçon à réciter, pas de travail, pas de données à apprendre par coeur : comme pour toute production artistique, il s'agit avant tout de l'apprécier et de la vivre. La comprendre et l'analyser peut attendre, et n'est même pas impératif.

Vous l'aurez compris je préconise des écoutes attentives et espacées dans le temps. Je préconise un questionnement plutôt intuitif que cognitif, plutôt sensible que mental, plutôt corporel que raisonné. Je préconise enfin une diversité dans les objets d'écoute. N'ayez pas peur d'alterner oeuvres anciennes et modernes, concertos et symphonies, pièces pour piano et requiems, etc. La richesse, comme toujours, vient de la diversité.

Share