Bruckner : Symphonies n°3, 7 et 9

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Bruckner : Symphonies n°3, 7 et 9

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  • Appréciation : 4/5,
  • Époque : 1870-1910,
  • Effectif : Orchestre symphonique sans soliste,
  • Genre : Symphonie,
  • Durée : Longue,
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    De quelle musique s'agit-il ?

    Maturité symphonique pour paysages grandioses et divins

    Les symphonies de Bruckner présentent une uniformité de style assez évidente, mais une étude plus poussée permet de repérer des différences d'intentions, d'objets, ou de construction. Si les effets employés sont quasiment les mêmes d'une symphonie à l'autre, ils ne visent pas pour autant les mêmes buts. Bruckner peut aussi bien décrire le romantisme fou, ivre et parfois brutal, comme il sait distiller des sentiments plus matures, plus étayés, plus progressifs. De la même façon son traitement de la négativité varie des pleurs sans fin à la révolte désespérée, à l'errance dans des ténèbres grandioses. Outre ces variations d'intentions, on constate des écarts de qualité : autant certains mouvements remplissent leur mission de façon magistrale, autant d'autres s'égarent dans de vains développements. Il en va de même pour les thématiques choisies : certaines sont éminemment pertinentes, d'autres fades ou complètements manquées. On constate enfin une certaine évolution temporelle de la complexité orchestrale, même si, à notre avis, les sommets esthétiques sont atteint lors des Troisième, Quatrième et Septième symphonies. Cela dit, chaque symphonie recèle des qualités propres, même si elles restent parfois temporaires.

    Une question propre à l'oeuvre de Bruckner est celle des versions de ses symphonies. En effet, au cours de son existence, Bruckner est revenu plusieurs fois sur les partitions de ses symphonies, et il existe ainsi plusieurs versions de presque chacune d'entre elles. Les différences ont tendance à éliminer les complexités (principalement harmoniques) jugées inutiles, améliorant la lisibilité des symphonies. Nous précisons quand les changements ont une importance notable.

    Les Troisième, Septième, et Neuvième symphonies nous semblent recéler les meilleures qualités de Bruckner, bien qu'elles ne soient pas sans fautes du début à la fin de leur exécution. Seuls certains mouvements sont excellents et même géniaux, mais dans leur entièreté elles ont chacune une faiblesse. Seule la Quatrième sort son épingle du jeu en étant géniale dans sa globalité. De plus ces trois symphonies ont comme point commun une certaine fixité (positive, comme certains monuments d'architecture), les autres étant plus dynamiques, plus pénétrées de vie.

    Troisième symphonie en ré mineur, "Wagner" (1873, 18776, 1877, puis 1889, souvent jouée en version de 1889 (aussi dite 1888/89 ou Nowak 1959))

    La Troisième symphonie stupéfie par son premier mouvement, Mehr langsam, misterioso (assez lentement, avec mystère), dont rarement le nom a été aussi bien porté. L'atmosphère du mystère est omniprésente dans ce mouvement, pas une chose de nette ou de certaine, pas une pensée clairement affirmative, tout est évasif, délicieusement suggéré. La symphonie s'ouvre sur les motifs répétés des cordes, alors que les vents commencent à entonner une mélodie brumeuse, qui reviendra tout au long du mouvement, jusqu'à une première explosion de cuivres parfaitement nuancée, sur un thème grandiose mais suffisamment partiel pour laisser planer une interrogation. La discrète promenade reprend son cours et les paysages visités alternent entre grandiose, immensité, puissance, ou délicatesse, esquisses fantastiques. Un passage central particulièrement massif est inoubliable, tout comme le final où la flute vient interrompre temporairement l'orage qui se déchaine. Pour cette symphonie, et ce mouvement a fortiori, il existe trois versions différentes par Bruckner (de 1869, de 1873 et de 1889), et le choix est important. En effet, la première version manque de cohérence et de fluidité, la seconde est mieux arrangée (élimination de longueurs ou épisodes incohérents), mais quelques étrangetés résistent (trop long intermède dans le final par exemple), la dernière version nous semble la plus intelligente, tous les défauts étant évacués.

    Le mouvement lent est légèrement manqué, même s'il est tout à fait correct, mais les thèmes manquent de génie en comparaison du premier mouvement. Le scherzo en revanche consiste en une version améliorée de celui de la Première symphonie, pour notre grand plaisir : images splendides, torrents de feu, marche de géants, difficile de visualiser les intentions de Bruckner (car elles sont abstraites), mais laissons courir notre imagination. Le dernier mouvement clos honorablement l'oeuvre, bien qu'il soutienne mal quelques passages à vides.

    Septième symphonie en mi majeur (1883)

    La Septième symphonie, bien qu'elle manque son premier mouvement, est riche de qualités, et d'idées géniales. Tout le mouvement lent est extraordinaire : à la fois d'une noirceur atroce, et d'une construction implacable, il nous entraine progressivement vers des sommets de pathétisme, à grand renforts de couches musicales interconnectées, mais toujours lisibles et pertinentes. Il est bâti sur un seul thème et quelques motifs, mais cela renforce d'autant plus son impact. Le scherzo est également un des meilleurs de la série des symphonies. Le dernier mouvement est plus moderne, les rupture de rythme sont particulièrement inventive, et certains chefs arrivent à rendre le mouvement captivant, bien que la matière manque ou déborde par moments.

    Neuvième symphonie en ré mineur, inachevée (1896)

    La Neuvième symphonie, inachevée, dédiée "au bon Dieu", s'ouvre sur un mouvement d'atmosphère comparable au premier de la Troisième, mais dans des dimensions encore plus immenses, plus imposantes, plus solides. Également annoté misterioso, il renvoie vers ces paysages sauvages où la nature domine et envahit tous les horizons, en l'absence complète d'activité humaine. On y voit volontiers un hymne à la grandeur de la Création, avant la vie animale.

    Le scherzo est certainement un des plus originaux de Bruckner, plus farouche, plus impétueux que les autres, avec une ouverture en pizzicati assez glaciale, et une marche nerveuse, presque robotique. Une belle réussite. Le troisième et dernier mouvement de cette symphonie est peut-être le plus massif et le plus lourd que Bruckner ait composé, malheureusement on se perd dans les couches musicales innombrables et complexes, et la solennité excessive qui porte le mouvement est vraiment indigeste.

    Acheter

    Je vous invite à vous procurer un intégrale des symphonies de Bruckner plutôt que d'acheter tous les CDs séparément. Selon les chefs que vous connaissez, il faut chercher ceux qui cherchent à être le plus clair et le plus lisible possible. Les constructions symphoniques de Bruckner sont lourdes et complexes, et sans effort de lisibilité, on se perd.
    Je conseille vivement l'intégrale par Karajan et le Berlin PO, qui possèdent à la fois ces qualités, auxquelles s'ajoutent une force et un feu assez approprié aux oeuvres de Bruckner, sauf quelques exceptions. La Troisième est ici un peu trop vive, mais la Septième est excellente, tout comme la Neuvième.

    Bruckner, Intégrale des symphonies par Karajan

    Pour la Troisième symphonie, la lenteur adoptée par Celibidache en magnifie le premier mouvement.

    Celibidache joue Bruckner : Symphonie n°3

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