Bruckner : Quatrième symphonie en mi bémol majeur, ‘Romantique’

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Bruckner : Quatrième symphonie en mi bémol majeur, ‘Romantique’

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Résumé en images !

  • Appréciation : 5/5,
  • Époque : 1830-1870,
  • Effectif : Grand orchestre sans soliste,
  • Genre : Symphonie,
  • Durée : Longue,
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    De quelle musique s'agit-il ?

    Comme toute les symphonies de Bruckner, il existe plusieurs versions de cette symphonie. Nous considérons ici celle qui semble la plus aboutie, revisitée après le travail initial de 1874, et sans inclure les dernières modifications. Il s'agit de la première version que le compositeur a qualifié de "définitive" (Originalfassung) en 1881, avant de la modifier en 1886, 1887, et 1888 (de façon assez mineure). Elle est habituellement notée II, et plus précisément celle éditée "Haas 1936" ou "Haas 1944". Cela étant, la version IIbis de 1886, éditée "Nowak 1953" reste proche, et conserve les mêmes qualités géniales. Ce n'est pas le cas des versions suivantes (qui furent modifiées par un collectif de compositeurs, incluant Bruckner) ou précédentes (qui reste marquées par une certaine immaturité).

    S'ouvrant sur un appel bucolique du cor, le premier mouvement déploie ensuite une dynamique très lyrique, très mélodique, assez charnue, sorte de lever de soleil sur une immense vallée verte, boisée d'arbres centenaires. Les thèmes développés reviendront au cours du mouvement et de la symphonie, mais avant une rupture rythmique nous engage dans un univers plus dynamique, plus vivant, tout en restant d'un calme et d'une majesté imposante. Comme souvent chez Bruckner, cet état musical est atteint par un découpage orchestral complexe, dominé par les cuivres, et soutenu par de brefs motifs aux cordes, mais qui, ici, se révèle d'une lisibilité parfaite. Le grandiose côtoie le discret dans un équilibre rare. On note également une certaine rupture par rapport aux première symphonie du compositeur, ici point de marche débordante d'affirmations et de confiance absolue : les jeux instrumentaux sont plus nuancés et les thèmes moins martiaux.

    Le mouvement lent, très mélodique, semble décrire la romance chantée d'un chevalier pour une belle demoiselle, dans le superbe décor déjà installé. Discrétion, sensualité, passion, admiration et même extase, on se laisse facilement emporté par ces phrases longues douces, mais aussi gracieuses que le vol d'un ange. L'orchestration discrète, presque feutrée (pizzicati, solos nombreux, dialogues posés, percussions et cuivres presque absents sauf dans l'épisode précédent le final, pour restituer le sublime de la passion), inhabituelle chez Bruckner, renforce cette dimension. Mais l'affirmation des thèmes se fait de plus en plus prenante, et les renforts progressifs viennent appuyer cette passion, qui nous envahit au plus profond de notre être. On remarquera la proximité avec le mouvement lent de la Fantastique, d'une orchestration similaire, bien que plus épanchée.

    Le troisième mouvement figure une chasse, comme cela est clairement exposé par le cor, et les rythmes cavaliers. Il s'inscrit dans le programme héroïco-chevaleresque de cette première partie de la symphonie : le héros court se distraire en des jeux de chasse pleins de vie, de dangers et d'émotions, reflet de la réalité amoureuse qui s’empare de son cœur. Si désuet que soit le sujet, il n'en produit pas moins un scherzo vif et martial dont Bruckner a le secret, à la fois endiablé et naïf, même s'il reste plus sensuel que ses premiers scherzos.

    Le dernier mouvement rompt avec l'idée de programme et illustre la variété des idées qui traverse l'esprit de notre héros. Tour à tour absurdes, délirantes, insidieuses, envahissantes, désespérées, explosives, et finalement soit libératrice soit destructrice.
    En effet, le mouvement s'ouvre sur un premier crescendo très inspiré du premier mouvement de la Troisième symphonie, lente marche progressive, de plus en plus grandiose. On notera les instruments qui se répondent les uns les autres pour construire le thème initial, et les brefs accords des cordes pour marquer l'impatience et la tension, puis naturellement l'explosion des cuivres, figurant l'objet principal dans toute sa splendeur. Les phrases contournent cet objet pour mieux le décrire, avant de s’évanouirent dans une marche illustrant l'errance et la réflexion après la rencontre fatidique. Le contraste est frappant entre l'ouverture tonitruante et la gentillesse du passage qui le suit. Lyrisme et aveuglement me semble être les deux grands mots de se passage. Cela ne fait que renforcer la puissance et la violence du second épisode catastrophique du mouvement, vers 5min30, véritable explosion cataclysmique, orage ou naufrage, le plus important est la force indomptable qui le meut, incarnation de la colère, ou de la révolte folle et temporaire. Car le doute et la réflexion reviennent, puis entrainent les pensées dans une marche proche de la première, mais sans le même dénouement, nous restons dans l'interrogation. Vers 8min30 reviennent les premiers thèmes de la symphonies, mais transposés dans un univers intellectuel. Il n'est plus question de paysages ou de personnages, mais bien d'idée-forces, obsédantes, tyranniques. Ce n'est qu'un rappel avant le retour de l'errance. L'alternance se poursuit encore, dans une élaboration thématique toujours plus complexe, avec des thèmes très affirmés, mais aussi des traits embrumés, dissous, dématérialisés. La plage des sentiments parcourues lors de ces épisodes est d'une richesse inouïe. Mais le plus impressionnant et le plus génial est peut-être le dénouement : d'une durée approximative de 3min, ce qui est très long pour une seule phrase, il monte une solution intégrant tous les complexes précédents, toutes les interrogations, toute la rage, toute la vie, en une entité grandiose et parfaitement harmonieuse, un infini soupir de soulagement (ou de mort ?) après tant de combats internes. Tout le génie de l'orchestration de Bruckner est dans ce final : masse, subtilité, ordre, harmonie, progression, puissance, explosion, immensité, grandiose.

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    J'apprécie particulièrement la version d'Abbado dans un style clair et riche :

    Bruckner-symphonie n 4, par Abbado/p>

    Mais une nouvelle fois, Karajan nous offre un superbe enregistrement dans son intégrale :

    Bruckner, Intégrale des symphonies par Karajan

    Et la version de Gunter Wand est également excellente :

    Wand : Bruckner, Symphonie n° 4 en mi bémol majeur, " Romantique "

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